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Je ne sais plus quoi manger : quand les troubles digestifs conduisent à supprimer de plus en plus d’aliments

Femme souffrant de troubles digestifs et d’intolérances alimentaires

Souvent, tout commence par quelques symptômes : ventre qui gonfle après les repas, reflux, douleurs abdominales ou transit perturbé. Peu à peu, intolérances alimentaires et troubles digestifs semblent aller de pair : plus les symptômes se multiplient, plus la liste des aliments supprimés s’allonge.

C’est une phrase que j’entends très régulièrement en consultation :

« Je ne sais plus quoi manger. »

Souvent, tout a commencé par quelques symptômes digestifs : le ventre qui gonfle après les repas, des gaz, des reflux, des douleurs abdominales, de la constipation ou de la diarrhée.

Alors on cherche ce qui ne va pas.

On supprime le gluten, puis les laitages; on réduit les légumineuses, et certains fruits ou légumes. On essaie parfois une alimentation pauvre en FODMAPs, ou pauvre en histamine ou d’autres régimes d’éviction.

Certains de ces changements peuvent apporter un réel soulagement, au moins pendant un temps.

Mais chez certaines personnes, un phénomène inquiétant s’installe progressivement : la liste des aliments tolérés devient de plus en plus courte.

Et c’est là qu’il faut, à mon sens, changer de question.

Intolérances alimentaires et troubles digestifs : le problème est-il vraiment l’aliment ?

Lorsqu’un aliment provoque systématiquement des symptômes, il est évidemment légitime de s’interroger sur sa tolérance.

Mais lorsque dix, quinze ou vingt aliments différents deviennent problématiques, il peut être utile de ne plus regarder uniquement chaque aliment séparément.

Il faut aussi se demander :

Pourquoi mon système digestif réagit-il aujourd’hui à des aliments que je pouvais auparavant manger sans difficulté ?

Cette question ouvre des pistes très différentes.

Une digestion insuffisante

Digérer ne consiste pas simplement à faire passer les aliments de l’estomac vers l’intestin.

C’est un processus complexe qui implique notamment la mastication, les sécrétions gastriques, les enzymes digestifs, la bile et la motricité du tube digestif.

Lorsque certaines de ces étapes fonctionnent moins efficacement, les aliments peuvent être moins bien décomposés et provoquer davantage d’inconfort en aval.

Selon les situations, cela peut se traduire par des lourdeurs après les repas, des éructations, des ballonnements, des gaz ou une mauvaise tolérance de certains aliments.

Le microbiote intestinal et les troubles digestifs

Notre intestin abrite une communauté extrêmement complexe de micro-organismes qui participe notamment à la fermentation de certains composants alimentaires et interagit étroitement avec notre système immunitaire.

Sa composition peut être influencée par de nombreux facteurs : alimentation, infections digestives, médicaments — notamment les antibiotiques —, âge, environnement et mode de vie.

Un déséquilibre de cet écosystème peut modifier la façon dont certains aliments sont fermentés et contribuer, chez certaines personnes, à des symptômes tels que les ballonnements ou les gaz.

Cela ne signifie pas pour autant que tous les troubles digestifs sont dus au microbiote. Il s’agit d’une pièce du puzzle parmi d’autres.

La muqueuse intestinale et le système immunitaire

La paroi intestinale n’est pas une simple barrière.

Elle constitue une interface très sophistiquée entre ce qui vient de l’extérieur et notre milieu intérieur, et elle entretient des relations étroites avec le système immunitaire.

Dans certaines situations, une inflammation ou une altération de cet environnement intestinal peut participer à une hypersensibilité digestive.

Là encore, l’objectif n’est pas de poser une étiquette unique sur tous les symptômes, mais de comprendre ce qui se passe chez une personne donnée.

L’intestin et le système nerveux communiquent en permanence

La digestion est également profondément influencée par notre système nerveux.

L’intestin et le cerveau communiquent dans les deux sens par plusieurs voies, notamment nerveuses, hormonales et immunitaires.

Le stress chronique, par exemple, peut modifier la motricité digestive et la perception des sensations provenant de l’intestin. Chez certaines personnes, le tube digestif devient extrêmement sensible : une quantité normale de gaz ou de distension peut alors être ressentie de façon beaucoup plus intense.

Cela ne veut absolument pas dire que « c’est dans la tête ».

Les symptômes sont réels. Mais comprendre le rôle du système nerveux peut faire partie d’une prise en charge beaucoup plus globale.

Supprimer toujours plus d’aliments n’est pas une solution à long terme

Une éviction alimentaire peut parfois être nécessaire et utile.

Mais elle devrait idéalement avoir une raison précise et un objectif.

Lorsque l’on retire continuellement de nouveaux aliments sans chercher à comprendre pourquoi ils sont devenus difficiles à tolérer, on risque de se retrouver avec une alimentation extrêmement restrictive.

Cela peut rendre la vie sociale difficile, générer une véritable anxiété autour des repas et compliquer l’équilibre nutritionnel.

Le but ne devrait donc pas être de parvenir à manger le moins d’aliments possible sans symptômes.

Le but est, chaque fois que cela est possible, de comprendre ce qui entretient les symptômes afin de retrouver une alimentation plus variée et plus sereine.

Revenir à la personne plutôt qu’à une liste d’aliments interdits

Après 38 ans de pratique en naturopathie, c’est l’une des choses auxquelles je reste particulièrement attachée : deux personnes qui présentent les mêmes symptômes digestifs n’ont pas nécessairement la même histoire ni les mêmes facteurs contributifs.

C’est pourquoi je commence toujours par reprendre l’histoire dans son ensemble.

Quand les symptômes ont-ils commencé ?
Que s’est-il passé auparavant ?
Quels aliments posent problème ?
Comment fonctionne le transit ?
Comment se passent les repas ?
Y a-t-il eu des infections, des traitements médicamenteux ou d’autres changements importants ?
Quel est le contexte de vie ?

Face à des intolérances alimentaires et des troubles digestifs persistants, l’objectif est donc de comprendre la situation dans son ensemble plutôt que de multiplier systématiquement les évictions.

Vous avez l’impression de ne plus savoir quoi manger ?

Si votre alimentation devient de plus en plus restrictive et que vos troubles digestifs persistent malgré tous vos efforts, je peux vous accompagner pour essayer d’en comprendre les différents facteurs et construire une approche adaptée à votre situation.

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Béatrice Levinson
Naturopathe – 38 ans d’expérience
Spécialisée en santé digestive et dans le lien intestin-cerveau
Référente GAPS France